Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /Mai /2010 10:14

Gallezig est allongée, elle regarde le plafond. Il y a une petite fissure. Au bout de cette fissure, une tâche. Une petite tâche qui abîme l'oeil de Gallezig. Il s'y accroche au point que le plafond blanc devient légèrement jaune. L'oeil s'y accroche comme un nourrisson au sein de sa mère, neuf, gourmand, sans pensée. La tâche sur le plafond s'agrandit dans l'oeil de Gallezig.

Qu'est-ce que c'est que cette tâche ?

L'oeil regarde, délimite, il vibre, se trouble de cette tâche. Il la caresse, la séduit. Et puis soudain, elle n'est plus là. L'oeil ne voit plus. Gallezig sursaute, se réveille. Alors que l'oeil devient aveugle, Gallezig voit à nouveau. La tâche a disparu, sans laisser de trace.

Le corps de Gallezig reprend vie doucement. L'oeil s'adoucit, les pieds bougent, les mains s'envolent vers le plafond, tirant les bras vers la tâche disparue. Ses genoux qui se plient, son cou qui s'arrondit, son ventre qui se soulève poussent Gallezig à se lever. Tandis que ses pieds marchent vers la cuisine, Gallezig s'accroche à son lit comme son oeil à la tâche. Quelques instants encore, le corps de Gallezig et sa silhouette sont nettement dissociables.

Gallezig a soif, elle se verse un verre d'eau. Gallezig se sent seule. Elle saisit son téléphone, s'assoit sur la table de la cuisine. Elle attend.

-" Allo Léon ? Tu rentres quand ?

- J'arrive Gallézig, j'arrive ! Je sors de chez le coiffeur ! D'ailleurs, faut que je te raconte, c'est fou ! La coiffeuse, tu sais, celle de la rue Saint-Melaine ? Je crois qu'elle est folle ! Tu devineras jamais ce qu'elle faisait ! Elle n'arrêtait pas de piquer des bigoudis !"

Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 19:03

Monsieur le Président ?


Il fallait que ça recommence. Maintenant. Alors que tout était fini, il fallait que ça recommence. Pourtant, le docteur m’avait dit ce ne sont que des voix. Il avait dit ça déjà quand j’étais petit, mais les voix ne s’arrêtaient pas. Pourtant, j’ai pris mes médicaments.


Monsieur le Président ?


Je ne suis pas fou. Je ne suis pas fou. Pourquoi j’entends ça ? Je sais qu’elles n’existent pas. Elles n’existent pas. Si, elles existent, mais pas pour de vrai. Depuis tout petit, j’entends quelqu’un me dire ça. Dire que j’y croyais, quand j’étais gosse. Je disais à tout le monde quand je serai grand, je serai président. Ah ! Ca la faisait rire ma mère ! Elle m’a toujours emmerdé celle-là.


Monsieur le Président ?


Non non, je disais ça pour rire… Ma chère maman. Toujours là pour moi. Il n’y avait qu’elle pour être sûre que j’allais devenir le Président. Enfin, il y avait moi aussi. Je vais vous dire le vrai, non, il n’y avait que moi pour être sûr. Ma mère ne faisait que répéter ce que je disais.


Monsieur le Président !


Mon Dieu, mes cachets… Je me souviens d’une fois, ma mère avait invitée ses amies et elle m’avait demandé de venir avec elles, et devant tout le monde, j’avais dû dire quand je serai grand, je serai président. Ah ah ! Elles avaient bien ri ! Qu’il est mignon le petit Clovis, qu’il est mignon ! C’est qu’il a l’air déterminé ! Regardez son petit air sérieux !


Monsieur le Président !


Elles ne savaient pas ce que moi je savais ! Ah ! Elles doivent moins rigoler maintenant ! Je savais, moi, que j’allais devenir Président !


Monsieur le Président !


J’arrive !

Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 19:02

Moi, si je veux participer à votre émission, c’est parce que je pense que je serai une bonne candidate. J’ai 21 ans, je suis coiffeuse depuis 5 ans au salon de ma mère à Besançon. Enfin, pas à Besançon, mais vous devez pas connaître, c’est à côté. Mon rêve, c’est d’être célèbre. Et c’est clair que votre émission va me faire quitter le salon quoi.

Ce que ça changerait dans ma vie ? Ben tout ! J’aime bien le contact avec les gens dans le salon, hein, c’est pas le problème. Mais bon, travailler… Enfin, je veux dire, tous les jours ! Et puis, j’en peux plus, couleur, coupe, brushing, permanente… Surtout les permanentes ! C’est un boulot de dingue ! Trente minutes pour des bouclettes… Mais j’adooore les clients. Ils sont trop gentils ! Y en a qui me donnent des pourboires. C’est que, bon, je fais du bon boulot, puis je suis aimable, j’aime bien causer avec les gens.

La vie en communauté ? Ben j’ai trois frères et une sœur, je suis la troisième. Alors la vie en communauté, je sais ce que c’est ! Partager, être responsable, respecter… Il faut respecter chacun pour que ça se passe bien. Respecter les autres, et les règles communes aussi. Avec mes parents, on faisait des tours de vaisselle, on devait pas dire de gros mots ! Olala non, sinon, c’était la rouste ! Enfin, une baffe, ça n’a jamais tué personne. Ca remet les idées en place, qui disait mon père. Et comme ça, tu recommenceras pas. Donc pour vivre ensemble, fallait pas la ramener. Moi, je vois les choses différemment. Si j’ai quelque chose à dire, je le dis ! On m’emmerde pas, moi ! Deux frères aînés, ça blinde.

Mon atout, ce serait quoi ? Je suis pas mal gaulée, je le dis parce que tous les hommes du salon me disent que je suis belle, alors c’est pas moi qui le dit. Je suis pas prétentieuse quand même. Et j’ai pas froid aux yeux moi ! Pas peur de me montrer toute nue ! Un corps, c’est un corps. Mais c’est clair que votre émission serait un plus. Je sais que j’ai un destin à accomplir. Une fois, ma mère m’avait emmené chez une voyante, et c’est ce qu’elle a dit : cette fille a un destin qui sera connu de tous. Alors quand j’ai vu votre annonce de casting, j’ai tout de suite compris que c’était ça, mon destin. Ben c’est clair, je crois trop qu’il y a une chose au-dessus de nous qui nous juge, nous observe. Ca peut pas être rien. Où irait le monde sinon ?  

Mon défaut ? Aucun ! Si si, je vous assure… Je vois pas. Ah ! Euh… Enfin, trois fois rien. Non non, ce n’est rien. Quasiment rien. Bon, je veux bien vous dire, toute façon vous le verrez bien, j’ai une manie, une espèce de T.O.C… Mais si, vous savez, un… comment c’est déjà, trouble… obsessif du comportement. C’est ça, trouble obsessif du comportement. J’ai tendance, mais je le fais pas exprès, à voler des objets. Mais attention, hein, pas n’importe quels objets, hein ! Des bigoudis.

Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 19:00

Il s’approcha de la caisse enregistreuse et grommela on te paie pas pour discuter avec le client. Etonnée et d’une flambée en colère, je me retenais de hurler. Je ne dis rien.

 -        C’est vrai, t’es pas payer pour parler.

-         Mais j’essaie d’être aimable, je…

-         Et le chiffre ? Hein ? Si tu parles comme ça à tout le monde, on va pas s’en sortir !

-         Enfin, il n’y a…

-         Dis donc, c’est pas parce que tu es intérimaire que tu peux me répondre ! C’est moi le chef du magasin, et quand je te dis que tu dois pas parler comme ça, tu fais ce que je te dis.

 

Je regardais autour de moi, dans le magasin. Personne.

Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /Jan /2010 15:27
Léon est au marché de Sainte-Thérèse.

kiwi.jpg
Il regarde les kiwis, à 2€ les 5, il se dit que c'est une affaire. Mais il bougonne, parce que les kiwis viennent du sud de la France, alors qu'existent des kiwis bretons. Ah, c'est la meilleure ! Il râle tout haut
- C'est bien le marché international, ça ! Des kiwis même pas bretons !

La femme à côté de lui, qui palpe les même kiwis, se redresse, et dit :
- Enfin, au moins, ceux-là, ils sont français ! Il y a des kiwis qui viennent de Chine !

Un homme se redresse brusquement. Il a une quarantaine d'années, et les yeux bridés.
- Et qu'est-ce que vous avez contre les Chinois ?

La dame, rougit, verdit, balbutie des excuses.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, non... Je... parlais des kiwis... pas de...

L'homme, dont le regard pétille, rétorque :
- De toute façon, moi, je m'en fiche, je suis Viêtnamien. Et j'aime pas les Chinois !

Quatrième de couverture

  • : Concept nouveau, le blog-au-roman est un livre qui se déroule sur fond de blog. Avec Gallezig et Léon, un univers romanesque se livre pour voyager avec son computer...
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