Gallezig est allongée, elle regarde le plafond. Il y a une petite fissure. Au bout de cette fissure, une tâche. Une petite tâche qui abîme l'oeil de Gallezig. Il s'y accroche au point que le plafond blanc devient légèrement jaune. L'oeil s'y accroche comme un nourrisson au sein de sa mère, neuf, gourmand, sans pensée. La tâche sur le plafond s'agrandit dans l'oeil de Gallezig.
Qu'est-ce que c'est que cette tâche ?
L'oeil regarde, délimite, il vibre, se trouble de cette tâche. Il la caresse, la séduit. Et puis soudain, elle n'est plus là. L'oeil ne voit plus. Gallezig sursaute, se réveille. Alors que l'oeil devient aveugle, Gallezig voit à nouveau. La tâche a disparu, sans laisser de trace.
Le corps de Gallezig reprend vie doucement. L'oeil s'adoucit, les pieds bougent, les mains s'envolent vers le plafond, tirant les bras vers la tâche disparue. Ses genoux qui se plient, son cou qui s'arrondit, son ventre qui se soulève poussent Gallezig à se lever. Tandis que ses pieds marchent vers la cuisine, Gallezig s'accroche à son lit comme son oeil à la tâche. Quelques instants encore, le corps de Gallezig et sa silhouette sont nettement dissociables.
Gallezig a soif, elle se verse un verre d'eau. Gallezig se sent seule. Elle saisit son téléphone, s'assoit sur la table de la cuisine. Elle attend.
-" Allo Léon ? Tu rentres quand ?
- J'arrive Gallézig, j'arrive ! Je sors de chez le coiffeur ! D'ailleurs, faut que je te raconte, c'est fou ! La coiffeuse, tu sais, celle de la rue Saint-Melaine ? Je crois qu'elle est folle ! Tu devineras jamais ce qu'elle faisait ! Elle n'arrêtait pas de piquer des bigoudis !"
